|
|
  |
| AUXILIA > Histoires d'auxiliaires |
Histoires d'auxiliaires
(S.Lemoine)
Révoltes de Julius Florus et de Sacrovir (21 ap.JC)

© Pixures - Jacques Maréchal
Cette année là, les Gaulois écrasés de dettes reprirent les armes contre l'empire.
Situation provoquée par l'annonce de la mort du grand Germanicus et l'affaiblissement moral des troupes du limes Germain dont on connaît l'attachement qu'elles avaient pour lui…
Julius Florus et Sacrovir, chez les Belges et chez les Gaulois furent les instigateurs de cette tentative de révolte :
« Distingués tous les deux par leur naissance et les belles actions de leurs ancêtres, ils étaient devenus citoyens romains dans un temps où cette récompense se donnait rarement, et toujours au mérite » (Tacite ; annales,Liv.III,chXL à XLVIII.).
« Florus poursuit ces projets. On avait levé un corps de cavaliers, qu'on disciplinait à la méthode romaine » (Tacite ; annales,Liv.III,chXL à XLVIII.).
Décidemment, Après Arminius (massacre de trois légions et d'autant d'auxiliaires en 9 ap JC…), lui aussi auxiliaire de l'armée romaine et devenu citoyen romain « au mérite », voici d'autres « citoyens romains » qui se retournent contre Rome.
Au passage, on notera cette petite précision de Tacite qui prouve, s'il en était besoin que le soldat auxiliaire était formé comme ses collègues légionnaires Italiens ou Romains…
Florus fut vite défait et la révolte des Trévires prit fin.
Celle des puissants Eduens et de Sacrovir fut plus sérieuse de part l'éloignement des forces légionnaires.
« Sacrovir, avec les auxiliaires de sa nation, s'étaient emparés d'Augustodunum (Autun) ».
(Tacite ; annales,Liv.III,chXL à XLVIII.).
Il arma la population de la ville et de la région et bientôt se retrouva à la tête de 45 000 hommes.
« Dont un cinquième étaient équipés comme nos légionnaires ; le reste avait des épieux, des couteaux et d'autres instruments de chasse. »
(Tacite ; annales,Liv.III,chXL à XLVIII.).
Sacrovir disposait donc de 8 cohortes composées de 1000 auxiliaires chacune (ou de 16 composées de 500 !). Les cohortes auxiliaires étaient composées se 500 hommes ou de 1000 hommes.
A noter que ces auxiliaires sont habillés comme les légionnaires…. Il y avait donc visiblement peu de différence entre l'équipement des auxiliaires et des légionnaires.
Pour l'anecdote : « il joignit les esclaves destinés au métier de gladiateurs, et que dans ce pays, on nomme crupellaires. Une armure de fer les couvre tout entiers, et les rend impénétrables aux coups, mais incapables d'en porter eux-mêmes. »
(Tacite ; annales,Liv.III,chXL à XLVIII.).
Description de l'ordre de bataille de l'armée de Sacrovir face aux légions romaines :
« Il avait placé en première ligne ses hommes bardés de fers (les crupellaires), ses cohortes (-d'auxiliaires-) sur les flancs, et, par derrière, les bandes à moitié armée »
(Tacite ; annales,Liv.III,chXL à XLVIII.).
Sacrovir applique la tactique qu'il a apprise des hommes de la Louve, l'infanterie lourde au centre, et la plus légère sur les ailes (rôle souvent donné aux troupes auxiliaires romaines lorsque qu'elles combattent aux cotés des légions…).
Les auxiliaires sont donc déjà en 21 Ap. Jc bien « romanisés » !
Cette stratégie ne fut pas pour autant payante, les « Gaulois » furent massacrés et Sacrovir mis fin à ces jours en se jetant dans le brasier de l'incendie volontaire de sa domus
A noter q'au cours de cette bataille, les Romains utilisèrent leur « Dolabra » (hache) pour percer la cuirasse des crupellaires. Cela ne servait donc pas que comme outil !
Le soulèvement de Sacrovir correspond au 1er soulèvement des troupes auxiliaires « Gauloises » aidées par les populations locales.…D'autres viendront. …
Révolte de Vindex (68 ap.JC)
« C.Julius.Vindex, Gaulois de nation, Aquitain de par ses ancêtres est issus d'une race royale, appartenait à l'ordre sénatorial chez les Romains.»
En cette année-là, Vindex était gouverneur de la Gaule (dixit Tacite). Il harangua ceux-ci, qui ne se firent pas prier pour se révolter car ceux-ci étaient exaspérés par les caprices et les exactions de Néron.
Rufus qui commandait la Germanie (dixit Tacite), marcha contre lui et le battit ! Vindex se suicida.
Passage juste pour signaler les origines de Vindex.
A la mort de Néron, Galba prend alors possession du trône impérial…. » on vit alors que l'on pouvait faire des empereurs ailleurs qu'à Rome » (Tacite).
Nous rentrons dans le contexte des guerres civiles où les armée romaines vont s'opposer , légions contre auxiliaires « rebelles » , auxiliaires contre auxiliaires « rebelles », légions contre légions « rebelles ». Ce qui donna au soldat Gaulois de faire apprécier sa légendaire bravoure mêlée cette fois ci à la rigueur et à la discipline de combat enseignées par la Louve !
C'est ce que les historiens appelleront plus tard « l'année des quatre empereurs ».
A Galba, tué par les prétoriens, succède Othon, auquel les légions de Germanie opposent leur chef Vitellius. Contre ce dernier, connu pour ses ignobles vices, marchent les légions d'Orient commandées par Vespasien.
Lors de la Bataille de Crémone, Dion Cassius nous fait part d'un étrange fait divers :
« Les soldats de la 3ième légion, celle qu'on appelait la Gauloise (III Gallica) dont les quartiers d'hiver étaient ordinairement en Syrie, mais qui, par hasard, se trouvait alors dans le parti de Vespasien, ayant tout à coup, selon leur coutume, salué le soleil au moment où il se levait à l'horizon, les soldats de Vitellius, s'imaginant que ces cris annonçaient l'arrivée de Mucien général de Vespasien, prirent la fuite et demandèrent quartier ». (Dion Cassius, Liv.LXV,ch.XIV.)
Vitellius, battu est poursuivi dans la ville par la soldatesque ivre de sang.
« Les soldats plaçaient leurs poignards sous le menton de Vitellius pour le forcer à tenir la tête haute. Un Gaulois ne put supporter cette vue et prenant compassion de lui : « je te secourrai, dit-il, de la seule manière qui soit en mon pouvoir ! » et il le perça, puis se tua lui-même. Néanmoins, Vitellius ne mourut pas du coup » (Dion Cassius, Liv.LXV, ch.XXI).
La Révolte de Civilis, Classicus et Sabinus (69/70 ap JC) (TACITE ,livres IV et V,passim,des histoires).
Les auxiliaires bataves étaient très estimés et avaient prouvées maintes fois leur bravoure et fidélité à l'empire lors de l'invasion de la Bretagne bleue avec Vespasien et…..Sûrement avec la Cohors Prima Aquitanorum (tout cela nous l'avons déjà vu auparavant…) !
Ils fournissaient de nombreux cavaliers entre autre capables de traverser avec leur cheval un fleuve comme le Rhin, c'était un véritable corps d'élite !
Leurs chefs pouvaient grâce à un traité bien particulier et unique envers cette nation, garder le commandement de leurs troupes.…Ils avaient pour grade le titre de préfet…. Contrairement aux autres peuples engagés dans les troupes auxiliaires romaines dont les préfets et de nombreux centurions étaient Romains…
Civilis était un des plus populaires chefs de cette nation. Il fut considéré comme ennemi sous Néron, puis réhabilité sous Galba pour être de nouveau pourchassé par Vitellius …Ce dernier avait demandé le double voir le triple de recrutement au sein des Bataves, n'hésitant pas à recruter des enfants de 12 ans ! (Tacite)
Les Bataves se révoltèrent. Ils avaient pour eux une excellente infanterie et une superbe cavalerie renommée dans tout l'empire. Ils avaient acquis une expérience de la guerre au travers des campagnes en Germanie et en Bretagne….aux cotés des légions ! Ils avaient, en temps qu'auxiliaires la force et la bravoure des barbares et la discipline des Romains ! Ils étaient de plus frères des Germains !
On envoya des émissaires jusqu'en Bretagne pour avertir d'autres cohortes Bataves et dans toute la Germanie.
La révolte gagna même les auxiliaires bretons stationnés à Mayence. Ces Bretons aidés par des Frisons détruisirent un camp de deux cohortes légionnaires.
« il (Civilis) marche avec les Canninéfates (Bretons), les Frisons et les bataves, tous rangés en coin, et chaque nation séparée «
Intéressant, cette formation en coin comme approche, elle revient souvent !
En face les légions aidées par les auxiliaires Tongres qui ne tardèrent pas à rejoindre les troupes de Civilis.…Ce fut la débandade ! Les légions romaines furent massacrées. On utilisa la même perfidie au niveau de la bataille « navale » engagée sur le fleuve. Cette victoire donna beaucoup de navires et d'armes aux troupes « rebelles ».
Le danger d'une extension du conflit dans les Gaules menace et l'empire est en pleine guerre de succession,…en pleine guerre civile !
Au coté des cohortes auxiliaires des Bataves et des Tongres, se mêlaient les bannières germaines à têtes d'animaux représentant des barbares germains qui affluaient de toute part et grossissaient les troupes de Civilis.
Ils forcèrent deux légions et leurs auxiliaires Ubiens et Trévires à se retrancher dans leur camp et les assiégèrent !
Entre-temps , des cohortes de Bataves et de Canninéfates étaient en marche pour se rendre à Rome sur ordre de Vitellius . Ceux-ci, rappelés par Civilis, demandèrent le donativum, un doublement de paie…etc. On ne leur donna rien et ils rejoignirent dans la sédition le chef Batave.
Le commandant romain, un certain Hordéonius écrivit alors à son collègue qui commandait la première légion à Boon (Hérennius Gallus) afin de fermer le passage aux rebelles et de les prendre sur leurs arrières. Il y renonça ensuite. Les Rebelles marchèrent sur Boon….
Trois mille légionnaires, quelques Belges recrutés à « la va-vite » gardaient ce camps, Ces premiers en voyant les troupes rebelles approchées, n'obéirent plus à leur chef et foncèrent sur l'ennemi en sortant tous en même temps du camp ! En face, les auxiliaires « rebelles », « ceux-ci » vieillis dans la guerre, se formèrent en coin (tiens encore !) dans un ordre profond sur toutes les faces, manoeuvre qui mettaient leur front, leurs derrières et leurs flancs en sûreté. Ainsi resserrés, ils eurent bien vite enfoncé la ligne romaine. »
La défaite des légions fut sanglante, victoire totale pour les « rebelles »
Civilis se borna à faire reconnaître Vespasien à ses soldats et demanda la même chose aux deux légion défaites qui lui rétorquèrent qu'elles avaient pour maître Vitellius. Ces dernières entre temps avaient rejoint le camp de Vétéra-Castra .
Civilis mis le siège devant Vétéra.
« D'abord, ils (les rebelles), en nation séparée,( toujours), attaquent de loin ; puis, voyant que la plupart de leurs traits s'arrêtaient en pure perte sur les tours et les créneaux des murailles, tandis que d'en haut de simples pierres les blessaient, ils montent au rempart à grands cris et avec impétuosité, la plupart sur des échelles qu'ils avaient dressées, d'autres le long de la tortue que forment leurs camarades (manoeuvre qui consistait pour les soldats à élever les boucliers au dessus des têtes et des épaules en se serrant, de manière cependant que les soldats de dernier rang étaient à genoux ; ceux des rangs antérieurs se tenaient de plus en plus droits. On pouvait gravir cette masse compacte qui formait comme un toit) ;
La description de la « tortue » est claire et précise !
« ils employèrent même des machines de guerre, chose absolument nouvelle pour eux ! »
Cela montre que ces « barbares » étaient fortement romanisés au niveau des technologies guerrières…
L' attaque échoua et l'on préféra compter sur le manque de vivres des assiégés…
Vocula (Général romain), arriva avec ses forces pour prêter mains fortes aux assiégés. Civilis, ayant perdus le meilleur de ses troupes s'enfuit… Vocula ne le poursuit pas.…
Entre temps, eu lieu la bataille de Crémone en Italie où Vitellius fut battu par les troupes fidèles à Vespasien. Les cohortes d'auxiliaires « gauloises » poussées par leurs préfets prirent partis pour ce dernier.
Certaines légions gardèrent leur fidélité à Vitéllius, malgré sa mort.
Classicus , Julius Tutor et Sabinus, Gaulois d'origine et leurs auxiliaires rejoignirent les germains ; les Gaules se révoltaient avec le rêve bien précis de créer un empire gaulois.
Vocula se retira à Nuys . les rebelles mirent le siège devant la ville.
Devant les confusions en tous genres qu'engendre la guerre civile, les légions assiégées tuèrent Vocula, et se vendirent aux assiégeants !
Toutefois, ces derniers refusèrent de porter allégeance à l'empire des Gaules : ils furent massacrés !
La petite histoire veut que Sabinus se proclama « César », mais fut vite battu par les auxiliaires Séquanes.
Vaincu, Sabinus fut abandonné par les princes Gaulois craignant par dessus tout Civilis et ses Germains…
Cérialis, grand général romain rétablit l'ordre et vainquit Civilis et ses rebelles …
Les Gaules retrouvaient la Pax-Romana pour 2 siècles ...…
|
|