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Métier à tisser et travail de la laine...
LE TRAVAIL DE LA LAINE
Article de Danièla Schmidt paru dans Histoire Antique et Médiévale N°50 (Juillet/Aout 2010)
L’utilisation de la laine est difficilement localisable dans le temps. Depuis que « l’homme » a pu avoir froid, depuis qu’il éprouvait le besoin de se couvrir pour avoir chaud, la laine et ses différentes utilisations font leur apparition.
Offrant une transition directe avec des peaux de bêtes portées sur le corps, « les manteaux de laine », c'est-à-dire des toisons entières ont du être le fruit du hasard : des mèches de laine récupérées par terre ou tirées sur l’animal même.
La découverte de ce matériau textile facile d’accès, renouvelable, peu cher et facile à travailler amène sous l’influence des valeurs sociales, du climat et des styles de vie, les hommes à élever une ou plusieurs espèces animales de manière sélective pour produire de la laine ou du poil de haute qualité : pour l’Europe ce seront des chèvres et des moutons.
Les hommes avaient remarqué que ces animaux étaient pourvus d’une fourrure ou d’une toison dont les propriétés isolantes qui leur tenait chaud et les protégeait de la pluie. Par conséquent, les textiles de laine (en préservant la graisse de la laine : la lanoline) ont les mêmes propriétés – indispensables pour le confort corporel des hommes jusqu’à nos jours.
1ère étape : la tonte
Pour récupérer la laine sur les moutons (en général deux fois par an), grâce aux forces (ancêtres des ciseaux), la tonte reste un moment important dans l’année, un travail difficile qui demande à la fois force physique et délicatesse pour ne pas blesser l’animal.
A la main sont ensuite enlevés grossièrement les brins de paille, feuilles et autres impuretés.
On évite de laver la laine brute à ce stade ci afin de lui préserver sa lanoline facilitant ainsi les étapes suivantes.
2ème étape : le cardage
Attribué aux Romains, le cardage se pratique grâce au CARDUUS : Chardon, qui, séché et fixé souvent sur une planche de bois permet de brosser les mèches de laine brute, de la nettoyer, l’aérer en profondeur et d’en aligner les fibres.
Ce cardage s’effectuait également grâce à des peaux d’hérissons tannées… ou à des peignes aux dents en bois ou en métal recourbé.
Pour obtenir des mèches souples et fines, plusieurs passages au CARDUUS sont nécessaires.
3ème étapes : le Filage
Une fois que l’on a obtenu ces mèches de laine biens aérés aux fibres bien alignées s’ensuit le filage, effectué grâce à un fuseau : outil très simple constitué d’une tige ou d’un bâton bien droit pourvu d’une encoche en haut et d’un poids fixé à l’autre extrémité (le poids peut être juste une rondelle de bois épais, en terre cuite ou un caillou percé au milieu). Impératif : le poids doit être parfaitement équilibré pour pouvoir tourner d’une manière régulière ce qui donnera un fil uniforme.
Comment file-t-on ? Une fois la laine cardée, on prend une mèche dans une main et l’on tire du milieu de cette mèche un petit nombre de fibres que l’on commence à tordre en les roulant entre les doigts. Une fois ce bout de fil assez long, on l’installe sur le fuseau qui prend le relais des doigts pour la torsion.
Tout fil (de laine ou de n’importe quelle autre matière) est toujours le résultat d’une torsion régulière des fibres. Cette torsion rend les fibres (initialement indépendantes) unies et solides en atteignant un degré de torsion d’environ 45°.
Grâce au fuseau et son mouvement cette torsion « court » le long des fibres que l’autre main prépare. Ainsi, en ayant les gestes réguliers, idéalement ininterrompus, le fil devient uniforme et régulier, d’une épaisseur variable selon le souhait de la fileuse, le plus souvent l’on préfère un fil assez fin, doublé ultérieurement.
Le filage, en Gaule Romaine comme ailleurs jusqu’à à l’arrivée du rouet au Moyen Age, concerne toute la population féminine sans distinction sociale dès le plus jeune âge. On file tout le temps, dès qu’on a les mains libérées d’autres tâches et partout, en gardant les troupeaux ou les frères et sœurs, en discutant, les gestes deviennent des automatismes.
3ème étape bis : le Feutrage
A partir de la laine cardée nous pouvons également choisir le feutrage, observé dans la nature (sur des moutons non tondus) et imité par l’homme. Le principe du feutrage consiste à amalgamer progressivement les fibres de laine jusqu’à l’obtention d’une « plaque » compacte de poils entremêlés. Le phénomène se produit grâce aux minuscules écailles qui recouvrent chaque poil et qui permettent aux fibres de s’agglutiner.
Pour la technique : sur une planche ou une natte (en osier) il faut disposer une couche de mèches de laine très régulière à la même épaisseur dans le même sens.
Puis l’arroser délicatement d’eau tiède savonneuse, puis une seconde couche dans l’autre sens, puis une troisième oblique et ainsi de suite jusqu’à aux moins 6 couches selon l’épaisseur finale souhaitée et aussi la qualité de la laine.
Après cette installation, se mouiller les mains d’eau savonneuse, doucement arroser la laine tout en appuyant d’abord délicatement, puis en intensifiant la friction régulière, toujours des deux mains dans le même sens.
Une fois que la laine devient plus «solide », le malaxage peut devenir musclé, interrompu de rinçage à l’eau claire de plus en plus chaude et l’application renouvelée d’eau savonneuse.
Le savon (végétal, saponaire) comme l’argile dilué protège la peau des mains. Une fois la consistance et l’épaisseur du feutre désirées obtenues, bien rincer et le sécher de préférence à plat.
Le feutre peut être découpé et cousu. Il fut apprécié pour la confection de vêtements civils et militaires grâce à ses vertus isolantes, il n’irrite pas la peau, est imperméable à l’eau et peu cher.
4ème étape : le tissage
Le fil de laine simple ou doublé trouve son emploi dans la couture ou le tissage au courant du 1er siècle après JC.
Il existe trois méthodes de tissage : à plaquettes, au peigne, le métier à tisser vertical. Les deux premières ont l’avantage de pouvoir être emportées et utilisées où l’on se trouve de façon nomade, il suffit de s’accrocher à un arbre ou un élément vertical : pour les plaquettes comme pour le peigne, la tension du fil est donnée par la taille, le corps du tisserand accroché. Le système de tissage reste au fond le même : deux nappes de fils qui se croisent. Ce croisement est maintenu par le fil de trame, introduit dans la « foule » à l’aide d’une navette ou des doigts.
Le tissage «classique » sur un métier vertical se pratique à la maison. La tension des files est dosée par des pesons (en argile, pierres…) accrochés aux groupes de fils.
Il existe également les tissages par bandes, par nouage ou à l’aiguille le plus souvent employés pour des pièces moins grandes ( sangles, gallons ou pièce décoratives) ; le tissage étant un domaine très vaste, d’autres lui ont consacré des articles plus spécialisés.
5ème étape : la teinture
Après avoir « mordancé » la laine (brute, filée ou tissée) grâce à un bain d’alun ou d’autres acides (par exemple l’urine de cheval) pour ouvrir le fibres, pour mieux y fixer la couleur, s’ensuit toute une série de bains à infusion ou décoction d’éléments végétaux (écorces, fleurs, racines, fruits…). La teinte est un procédé long et difficile à doser, onéreux car les ingrédients nécessaires à une teinte durable sont importés ou en tout cas achetés, toutes les couleurs ne sont pas réalisables en Gaule romaine à partir des végétaux locaux.
Celui qui porte des vêtements de couleurs rares ou intenses marque le fait même son rang social.
Au-delà du défi technique que peut représenter le travail de la laine tout au long de ces étapes pour la reconstitution historique, une certaine fascination en émane par le fait que la laine (plus que tout autre matériau textile) est présente dans toutes maisons gallo-romaines, dans toutes les couches sociales et à tout âge. Elle fait partie du quotidien « banal » de ces hommes et femmes, elle est dans leurs mains, tout en cardant ou en filant. La laine se travaille souvent en groupe, prend du temps, occupe certains moments de la journée et de l’année.
Par la nécessaire répétition des gestes, le filage, le cardage, même le tissage deviennent une occasion pour chanter, conter, prier (ce qui est la même chose finalement).
La production textile est donc le lien, le vecteur d’une communication avec le divin, les motifs comme les couleurs et les techniques ne se choisissent pas au hasard mais deviennent un moyen d’expression religieuse quotidienne, non ostentatoire et donnent une toute autre dimension (oubliée maintenant) au fait de se vêtir, de se couvrir, de ne plus avoir froid.
Bibliographie :
GILLOW, J ; SETANCE,B, le tour du monde illustré des techniques traditionnelles textiles, Alternatives, Paris, 2000
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